[Test] Strategeti – Le duel animalier pour le serengeti !

Nombre de joueurs 2 joueur(s) Editeur Flexiq
Age recommandé 7 ans et + Distributeur Asmodée
Durée moyenne 15 min Auteur(s) Ignasi Ferré
Date de sortie 2026
Mécanique(s) Placement, abstrait, mouvement, Illustrateur(s) Filip Burburan
Thème Animaux, Savane
Prix de vente conseillé 25 € chez

J’avais envie de découvrir Strategeti bien avant d’ouvrir la boîte. Déjà parce que les précédents jeux de FlexiQ m’avaient plutôt marqué. Orbito notamment, qui reste probablement l’un des plus marquants. Même leur jeu de course de dinosaures Raptor Race, pourtant plus léger, avait cette capacité à créer rapidement de la tension autour de mécaniques très simples. Et puis il y avait aussi ce souvenir récent d’Aquatika, qui avait clairement été mon gros coup de cœur abstrait de l’année. Pas du même éditeur (Jeux FK), mais un jeu qui m’avait rappelé à quel point un système épuré pouvait générer des parties extrêmement denses.

Du coup, j’attendais Strategeti avec curiosité. Pas forcément comme une révolution du jeu abstrait, mais au moins comme une proposition capable d’apporter une idée forte autour du déplacement et du positionnement.

Mise en place

Le plateau double face est placé au centre de la table avec le niveau choisi visible : standard ou avancé. Chaque joueur récupère ensuite les huit animaux de sa couleur, composés de deux lions, deux éléphants, deux zèbres et deux gazelles.

Dans le mode standard, les joueurs peuvent placer leurs animaux sur toutes les cases libres du plateau à l’exception des quatre coins. Dans le mode avancé, les placements se font uniquement sur les cases extérieures du plateau, tandis que les quatre cases centrales deviennent interdites au début de la partie.

Une fois le plateau installé et les animaux répartis, la partie peut commencer immédiatement. Le joueur le plus jeune débute la partie.

Comment on joue ?

À son tour, un joueur doit soit placer un nouvel animal sur une case autorisée du plateau, soit déplacer un animal déjà présent. Le joueur le plus jeune commence la partie.

Chaque type d’animal possède sa propre manière de se déplacer.

Les zèbres se déplacent en ligne droite, horizontalement, verticalement ou en diagonale, jusqu’à rencontrer un obstacle. Ils peuvent parcourir autant de cases qu’ils le souhaitent dans la direction choisie.

Les gazelles se déplacent en sautant par-dessus un ou deux animaux adjacents pour atteindre la première case libre située derrière eux. Si une nouvelle possibilité de saut apparaît après le déplacement, elles peuvent enchaîner plusieurs bonds durant le même tour.

Les lions se déplacent uniquement pour manger une gazelle ou un zèbre situé sur une case adjacente. Lorsqu’ils capturent un animal, ils prennent immédiatement sa place.

Les éléphants se déplacent d’une case horizontalement ou verticalement en poussant les animaux présents devant eux. Si un animal est poussé hors du plateau, il est éliminé. Les éléphants ne peuvent cependant pas pousser d’autres éléphants.

Au fil de la partie, le plateau se remplit progressivement et les déplacements possibles évoluent selon les positions des différents animaux encore présents en jeu.

La fin de partie

La partie se termine immédiatement lorsqu’un joueur remplit l’une des trois conditions de victoire du jeu. Il peut soit aligner quatre de ses animaux horizontalement, verticalement ou en diagonale, soit éliminer cinq animaux adverses, soit bloquer totalement son adversaire pour l’empêcher d’effectuer un déplacement valide.

Lorsqu’une condition de victoire est atteinte, la partie s’arrête immédiatement et le joueur concerné remporte la partie.

Selon les situations, la fin de partie peut intervenir rapidement après quelques placements offensifs, ou après plusieurs échanges et déplacements ayant réduit fortement le nombre d’animaux présents sur le plateau.

Légende des Meeples

Simplicité des règles

Le livret reste clair dans sa structure. Les déplacements sont détaillés séparément pour chaque animal, avec des formulations simples et peu d’exceptions. FlexiQ conserve ici une approche très directe, assez cohérente avec le reste de sa gamme familiale.

En revanche, les premières parties génèrent souvent quelques erreurs récurrentes. Les lions peuvent manger des animaux de leur propre couleur, ce qui surprend régulièrement les nouveaux joueurs. Les déplacements des gazelles demandent aussi un petit temps d’adaptation, notamment lorsqu’elles peuvent enchaîner plusieurs sauts successifs. Les poussées des éléphants créent également quelques hésitations au départ, surtout lorsque plusieurs animaux sont alignés.

L’autre élément intéressant vient de la différence entre compréhension des règles et maîtrise du jeu. Comprendre Strategeti prend quelques minutes. Commencer à bien lire le plateau demande nettement plus de temps. Le jeu crée rapidement des situations où les joueurs doivent anticiper plusieurs déplacements possibles à l’avance.

Cette montée progressive de la lecture tactique fonctionne plutôt bien. Les enfants peuvent jouer rapidement sans se sentir exclus, tandis que les joueurs plus expérimentés découvrent progressivement des couches de positionnement plus agressives.

Le jeu vise donc un public familial joueur plutôt large. Il peut servir d’introduction au jeu abstrait moderne sans tomber dans quelque chose de trop scolaire ou cérébral.

Retrouvez les règles du jeu : https://undecent.fr/banque-de-livrets-de-regles/

Matériel et design

FlexiQ commence doucement à construire une identité assez reconnaissable dans cette gamme de jeux familiaux. L’éditeur cherche régulièrement à apporter un élément visuel ou manipulatoire fort qui donne immédiatement une présence au jeu sur la table.

Dans Raptor Race, cela passait par les figurines de dinosaures qui rendaient la course beaucoup plus vivante visuellement. Orbito jouait quant à lui sur le mouvement permanent des billes qui se déplacent à chaque tour et transforment constamment la lecture du plateau. Même Abracadabroom utilisait ses petits chaudrons pour renforcer la personnalité du jeu.

Strategeti suit exactement cette logique avec ses figurines animales. Le choix d’utiliser de véritables animaux plutôt que des formes abstraites change immédiatement le rapport au plateau. Les lions, éléphants, zèbres et gazelles donnent une vraie présence visuelle à la partie et rendent les déplacements beaucoup plus naturels à suivre.

Ce travail sur la manipulation reste important dans des jeux aussi accessibles. FlexiQ cherche clairement à rendre ses abstraits moins froids et moins géométriques que beaucoup de productions du genre. Ici, les pièces deviennent facilement identifiables, même pour des joueurs peu habitués aux jeux abstraits.

Visuellement, le jeu reste sobre mais lisible. Les couleurs permettent de distinguer rapidement les camps sans surcharger le plateau. Le travail de Filip privilégie surtout la clarté de lecture pendant la partie, ce qui reste essentiel dans un jeu reposant autant sur l’anticipation des déplacements.

Le plateau lui-même reste très fonctionnel. Les lignes demeurent faciles à lire même lorsque plusieurs animaux occupent le terrain. Cette lisibilité devient rapidement importante puisque les possibilités de déplacement évoluent constamment au fil de la partie.

Le matériel ne cherche donc pas le luxe ou la démonstration esthétique. En revanche, il participe directement à l’identité du jeu et à son accessibilité. Et c’est probablement là que FlexiQ réussit le mieux cette gamme : proposer des jeux qui donnent envie d’être manipulés.

Liste du matériel :

  • 1 plateau de jeu double face 
  • 16 pions (2 sets avec 2 lions, 2 éléphants, 2 zèbres et 2 gazelles)
  • règles du jeu

Mécanique

Le premier choix de design intéressant vient du fait que chaque animal possède une fonction extrêmement spécialisée. Strategeti ne cherche jamais l’équilibre « symétrique » classique du jeu abstrait traditionnel où chaque pièce partage plus ou moins les mêmes capacités. Ici, chaque animal modifie le plateau selon une logique différente.

Les zèbres apportent la projection et l’occupation rapide des lignes. Ils permettent de menacer plusieurs zones du plateau assez vite et servent souvent de base aux alignements. Leur déplacement libre en ligne droite crée une circulation permanente qui empêche le terrain de se figer trop rapidement.

Les gazelles introduisent une logique totalement différente. Leur capacité de saut transforme les autres animaux en points d’appui. Une pièce placée pour défendre une zone peut soudainement devenir un tremplin permettant à une gazelle adverse de traverser le plateau. Ce fonctionnement crée une lecture beaucoup plus dynamique des positions.

Le système devient alors intéressant parce qu’il pousse constamment les joueurs à réfléchir aux conséquences indirectes de leurs placements. Une pièce n’est jamais simplement « à un endroit ». Elle ouvre ou ferme des trajectoires possibles.

Les lions, eux, ajoutent une pression tactique immédiate. Comme ils ne peuvent se déplacer qu’en attaquant, leur simple présence crée des zones de menace très lisibles.

La possibilité pour les lions de manger leurs propres unités apporte également une dimension tactique assez intelligente. Cela permet de casser volontairement une ligne, de libérer un espace ou de repositionner un prédateur dans une zone plus dangereuse. Ce genre de règle montre que le jeu cherche davantage le mouvement constant que la conservation prudente des pièces.

Mais la mécanique qui transforme réellement les parties reste celle des éléphants.

Le système de poussée modifie complètement la lecture du plateau. Lorsqu’un éléphant avance, il déplace toute une ligne d’animaux, alliés comme adverses. Une structure défensive peut disparaître instantanément. Une ligne d’alignement peut être brisée en un mouvement. Une pièce peut être expulsée hors du plateau.

Dans beaucoup de jeux abstraits familiaux, le plateau finit progressivement par se verrouiller. Les positions deviennent stables, les joueurs calculent leurs lignes et l’espace se rigidifie. Strategeti prend exactement la direction inverse. Le jeu cherche au contraire à maintenir une instabilité permanente.

Le résultat, c’est un système très vivant où les situations évoluent constamment. Même lorsqu’un joueur semble contrôler la partie, une poussée bien placée peut immédiatement redistribuer les rapports de force.

Cette instabilité peut d’ailleurs devenir un point de friction selon les profils de joueurs. Les amateurs de contrôle absolu ou de planification longue peuvent parfois ressentir une certaine frustration face aux retournements fréquents. Le jeu favorise davantage l’adaptation tactique permanente que la construction méthodique d’un plan stratégique sur plusieurs tours.

L’autre bonne idée vient des trois conditions de victoire différentes. L’alignement, l’élimination et le blocage empêchent les parties de se résumer à une seule logique dominante. Les joueurs doivent constamment surveiller plusieurs menaces simultanées.

Thème

Le thème animalier reste relativement léger, mais il fonctionne. Strategeti ne cherche pas à raconter une histoire ou à construire une immersion narrative forte. Le Serengeti sert surtout de cadre visuel et mécanique. Pourtant, les comportements attribués aux animaux créent une cohérence avec leurs déplacements.

Le lion chasse.
L’éléphant pousse.
La gazelle bondit.
Le zèbre traverse rapidement le terrain.

Le thème joue donc davantage un rôle fonctionnel qu’immersif. Il humanise le système abstrait sans alourdir les règles ni chercher une narration artificielle.

Rangement

Le rangement reste simple et rapide.

Le matériel prend peu de place et tout rentre facilement dans la boîte. L’insert est très bien. 

Les figurines animales se rangent rapidement et le plateau se pose par dessus.

Verdict

Ce que j’ai ❤️

  • Les capacités des animaux créent immédiatement des identités tactiques fortes
  • Les parties restent rapides sans donner une impression de superficialité
  • La montée en compréhension tactique fonctionne bien au fil des parties
  • Le matériel reste lisible et cohérent avec les mécaniques
  • Le jeu génère beaucoup d’interactions directes entre les joueurs

Ce que j’ai 💔

  • Le thème reste surtout mécanique et assez peu immersif
  • Certaines parties deviennent parfois très opportunistes

Conclusion

Le jeu repose sur une idée simple mais efficace : donner à chaque animal une manière spécifique de transformer le plateau. À partir de là, toute la partie devient une question d’adaptation. Les positions changent constamment, les menaces évoluent vite, et les plans doivent s’adapter. Strategeti reste accessible, mais il refuse la passivité. Le jeu pousse les joueurs à réagir en permanence aux nouvelles configurations créées par les déplacements, notamment ceux des éléphants qui restent clairement le moteur du chaos tactique du système.

Il ne remplacera probablement pas les grands classiques du duel stratégique pour les joueurs experts cherchant une profondeur immense.

Le jeu présenté ici nous été gracieusement envoyé par l’éditeur. Mais comme aucun dessous de table n’a été observé, cet article sera aussi bien baigné d’une objective bienveillance comme il pourra se révéler plus acerbe.

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