[Independence Day] Laboludic – L’éditeur aux jeux beaux qui aiment se sentir bien partout

Dans la série Independence Day qui se veut une présentation non exhaustive des éditeurs francophones, nous avons le plaisir de recevoir Pierre Bellet de Laboludic. Il vient nous parler de la genèse, de l’évolution et de l’actualité ludique de cette maison d’édition fondée en 2019 à qui l’on doit le récent Bangkok ou le titre phare Kézao.

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Il était une fois une maison d’édition créée par Pierre Bellet

Pierre Bellet : Je suis à l’origine de Laboludic. Mon rôle est de dessiner la ligne éditoriale de la maison, les choix de nouveaux jeux. J’ai donc la responsabilité de la création avec les auteurs. Je suis également en charge de la communication et des réseaux sociaux.

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Pierre Bellet, himself, détendu, la classe

J’ai créé mon premier jeu de société, À vos marques, à 20 ans. J’ai eu la chance de pouvoir l’éditer chez Jeux Nathan quelques années plus tard (NDLR : il obtient l’As d’Or à Cannes en 1994 et a été réédité en 2019 chez Goliath), tout en décrochant aussi mon premier job comme chef de produit sur les gammes jeux de société et jeux scientifiques.

Après 3 ans aux Jeux Nathan, j’ai été repéré par Dargaud qui souhaitait créer un département jeux de société. Ils avaient signé les droits du Gang of Four pour l’Europe et cherchait quelqu’un pour développer cette branche. Peu après les avoir rejoint, ce beau projet de diversification a été abandonné, la maison ayant décidé de se recentrer sur la bande dessinées suite à la perte des droits d’éditions d’Astérix, un séisme à l’époque dans toute l’édition.

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Je suis resté chez Média Participations, le groupe qui possédait Dargaud, pendant 25 ans, occupant différents postes au sein de très beaux labels comme Dargaud, Le Lombard, Kana, Blake et Mortimer et enfin Dupuis, le célèbre éditeur belge, chez qui je suis resté 13 ans.

J’avais en tête depuis longtemps de créer une entreprise et l’opportunité s’est présentée il y a 3 ans lorsque j’ai quitté le groupe Média Participations. J’ai choisi le secteur du jeu de société car j’ai toujours aimé ce secteur que je connaissais et qui m’avait donné de vivre de très belles expériences.

Laboludic, une marque commerciale qui fait sens

Après avoir abandonné 28 357 noms, j’ai fini par choisir Ludello comme nom de société. Et puis, un beau matin, à moins que ce fût une nuit, le nom de Laboludic a surgi.

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J’aime bien l’allitération en L et le côté laboratoire me plait beaucoup. Je suis un créatif et le jeu est un marché de création. Le laboratoire, c’est le lieu de l’invention et de l’expérimentation avant tout. Ce nom avait également un gros atout : il était disponible et ne ressemblait à aucune des 29 392 marques existantes sur le marché. Donc, après vérification de la disponibilité du nom à l’INPI, nous avons adopté Laboludic à l’unanimité.

Laboludic est notre marque commerciale, Ludello était le nom de la société.

La fine équipe de Laboludic

Nous sommes 3 fondateurs chez Laboludic, Pascal Thoniel, Marion Bordier et moi, Pierre.

Pascal Thoniel nous a beaucoup aidé à mettre au point les premiers jeux au départ et à lancer l’entreprise, grâce à sa propre expérience d’entrepreneur. C’est un complice depuis très longtemps, il est d’ailleurs co-auteur d’À vos marques

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Pasacal Thionel, himself, « je vous écoute … »

Marion et moi sommes désormais les deux membres actifs.

Marion Bordier a en charge le développement commercial, le suivi de production et le sourcing des illustrateurs, domaine dans lequel elle excelle.

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Manon Bordier, herself, en quête de la perle rare

Autour de ces noyaux durs viennent se greffer toutes sortes de talents, selon nos besoins.

Nous travaillons avec des auteurs, des illustrateurs, des graphistes et plus de 25 prestataires ou partenaires. Nous sommes encore très légers, et l’équipe se renforcera progressivement, afin d’accompagner les besoins liés à la croissance de l’entreprise.

Laboludic, une démarche éditoriale de passionnés

Marion et moi sommes des passionnés de graphisme, d’illustration, de design et de jeu. C’est le creuset de notre démarche. Nous avons le gout des belles choses, et nous sommes de ceux qui pensent que le beau fait du bien. Ce positionnement nous permet de vendre nos jeux dans de très nombreux réseaux de distribution (jeu, librairies, concept store), en France et à l’international.

Notre jeu Kezao s’est déjà vendu en moins de 2 ans dans plus de 10 pays. Il a été récemment sélectionné par la boutique du musée Picasso à Paris.

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Nous faisons principalement de l’édition classique. Nous sourçons nous même les auteurs et avons acheté une fois les droits d’un jeu. Nous commençons à envisager la coédition. Nous avons essayé la réédition : nous avons longtemps cherché à entrer en contact avec l’auteur du jeu Mhing, mais sans succès… L’édition, c’est très souvent une question d’opportunité, de hasard, de rencontre. Et cela doit le rester !

Nous nous considérons avant tout comme éditeurs car nous aimons la création et la maîtrise de tout le process de développement. Travailler avec des auteurs et avec des illustrateurs est pour nous un plaisir et une expérience d’une grande richesse humaine et artistique. Nous aimons regarder un jeu mûrir. Nous le recevons à l’état de prototypes et nous envisageons déjà son potentiel. Il nous arrive assez souvent de changer le thème, en accord et en collaboration avec les auteurs et nous travaillons à fond tous les aspects du jeu. Pour moi, c’est l’essence même d’une maison d’édition. C’est le seul moyen de porter une vision du marché et d’exprimer une démarche sincère et indépendante.

Des jeux plutôt minis avec une vocation d’écoconception

D’une part, nos jeux sont compacts, donc moins consommateurs en énergie et en matière première, facile à transporter et à stocker.

D’autre part, nous privilégions le papier et le carton, sans exclure d’autres composant, mais en petite quantité, lorsque c’est nécessaire. Nos packagings sont très traditionnels : une boite cloche en carton, qui sera facile à transporter et à stocker, qui permet de conserver tous les composants du jeu sans les perdre, et pour longtemps ! Bref, nos jeux sont éco-conçus.

Nous respectons les normes en vigueur dans le secteur : FSC, Triman, Reach, …

Nous adhérons depuis peu, avec à un organisme de tri. C’est d’ailleurs une obligation, entrée récemment en vigueur, pour l’ensemble de l’industrie du jouet. Nos fournisseurs et nos partenaires distributeurs sont tous dans des démarches similaires. Notre prestataire logistique, par exemple, la société Clic Logistic se définit comme entreprise à mission rurale et durable.

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Sa démarche est très bien expliquée ici :

Enfin, nous venons de renoncer au film plastique autours des cartes, remplacé par une cale en carton et une bague en papier. Nous essayons d’éliminer progressivement les sachets en plastiques, lorsque c’est possible. Nous continuons à filmer les boites de jeu, pour des raisons de marketing et de qualité. Mais c’est un sujet de réflexion permanent chez nous.

Des jeux familiaux sans exclure des jeux plus complexes à l’avenir

Nous visons le public familial avec des jeux originaux et accessibles. En terme de difficulté, nous n’abordons pas les jeux « experts ». Pour nous, le jeu doit créer du lien entre les personnes : à l’intérieur du foyer, avec des amis, et partout où l’on joue. Il doit susciter l’échange et aider les gens à sortir des écrans.

Nous visons des jeux rapides à prendre en main et pour des durées de parties n’excédant pas 1/2 heure.

Dans le futur, nous ne nous interdisons pas de regarder des jeux plus complexes.

Des auteurs qui vont vers nous, des auteurs vers qui nous allons

Parfois, ce sont les auteurs qui nous choisissent : Jonathan Favre-Godal (Koko MOTS, Kikafé?), qui aimait beaucoup Kezao, nous a contacté et nous a proposé de collaborer. Un jeu sortira prochainement, dont il est le co-auteur avec Fabrice Lamouille (Time Arena).

Nous approchons aussi nous-même des auteurs. C’est le cas de David Paput et d’Eric Plotton, auteurs de Bangkok : nous avions beaucoup aimé un jeu qu’ils avaient édité chez Djeco, Chess Rescue.

Il se trouve qu’ils avaient un jeu dans leurs cartons non encore édité. Et quelques mois plus tard, Bangkok sortait en boutique.

Pour vous faire une idée de leur dernier jeu édité, Bangkok, rien de tel qu’un article sur Undécent. C’est pas ici => [Test] Bangkok – Bienvenue à Damnern Saduak

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Sans oublier les artistes !

Les artistes nous inspirent, ils donnent vie à nos idées et embellissent nos jeux. Nous sommes fiers de nos premières collaborations avec Crushiform (A toute vitesse), L’Atelier CartographikAurélien Jeanney (Kezao), Alix d’AnsèlmePintachan (Spy Kid), Jay Fletcher (Lucky Jack) ou encore Maud Chalmel (Bangkok).

 » Peu importe le chemin, pourvu qu’au bout se trouve l’excellence ! « 

Nous recherchons avant tout une idée de mécanique, de concept, rien d’original ici. C’est le rôle des auteurs et cette fonction n’est pas intégrée chez Laboludic. Il faut que le jeu soit déjà très au point et qu’il ait été testé à de nombreuses reprises.  Nous ne passons pas de commandes de jeu. Nous préférons rebondir sur des propositions. Nous faisons confiance aux auteurs et à leur génie. Il nous arrive de participer à des workshops avec des auteurs. Bref, il n’y a pas de règle : peu importe le chemin, pourvu qu’au bout se trouve l’excellence !

Un jeu chez Laboludic, une gestation variable

Il faut compter un an pour un jeu en moyenne. Lorsque le contrat est signé, nous pouvons sortir un jeu en 6 mois, dont 3 de développement, 3 de production. Mais le process peut prendre bcp plus de temps. Nous attendons parfois la disponibilité d’un illustrateur. Cela ne dépend pas que de notre agenda.

Une future sortie, ça vous dit ?

Voici une image de notre prochain jeu, Micronimo, à paraître à la rentrée. La photo de gauche correspond au jeu tel que les auteurs nous l’ont présenté. Celle de droite c’est le jeu que nous allons publier. Il y a un peu de changement non ?

Nous publions 2 à 3 jeux par an. Cette année, notre prochaine parution à ne pas manquer est donc Micronimo. C’est un jeu de tri et de collection pour les enfants à partir de 6 ans. Un jeu original imagine par Jonathan Favre-Godal et Fabrice Lamouille. Nous avons d’autres jeux dans les tuyaux, le prochain étant à paraître début 2023.

Kezao, une valeur sûre !

Kezao est notre plus gros succès à l’heure actuelle. Nous en avons vendu plus de 25 000 ex. En moins de 2 ans. Nous venons de lancer le 4ème tirage. Il est tout à fait emblématique de la ligne éditoriale de Laboludic.

S’il n’en restait qu’un ? …

Nous n’avons que 6 références actuellement au catalogue : Kezao, French Tour, Spy Kid, A toute vitesse, Lucky Jack et Bangkok.

Mais parmi notre petit panel, Kezao reste mon coup de cœur. 

Chez un autre éditeur, j’ai beaucoup aimé récemment découvrir le Murmure des feuilles chez Iello. Un roll and play que l’on doit à l’auteur italien Paolo Mori (Libertalia, Blitzkrieg). Avec un regret toutefois : c’est un jeu dans lequel il y a peu d’interactions entre les joueurs. Je serais ravi de publier un jour cet auteur.

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Une présence essentielle sur les réseaux

Nous sommes très présents sur Instagram et Facebook réseaux sur lesquels nous sommes présents chaque semaine avec un nouveau post. Nous collaborons aussi avec de nombreuse et nombreux influenceurs sur ces mêmes réseaux. Récemment, nous avons publié notre premier film sur Tik Tok pour le jeu Lucky Jack, en partenariat avec Moment Ludique.

Nous essayons d’être présents dans les plus grands salons et festivals. Prochainement, nous serons à PEL (Paris est Ludique) sur le stand de Pixie Games. Enfin, nous menons actuellement une tournée d’animation en cafés-jeux, un peu partout en France.

Car l’argent c’est aussi le nerf de la guerre ludique, de quelle manière se vendent les jeux Laboludic ?

Nous avons des partenariats avec 3 principaux distributeurs en France. Nous développons nous-même notre réseau international, avec deux types de modèles : cession de droits et export.

Nous ne choisissons pas forcément les circuits de distribution et nous n’en privilégions aucun en particulier. Nos jeux peuvent se vendre vraiment partout, de la boutique de jeu au concept store, en passant par la GSS et la librairie. Tous ne fonctionnent pas aussi bien, mais tous ont leur utilité dans notre stratégie.

L’indépendance avant tout

Il est difficile d’être original dans un marché ou tant d’acteurs se confrontent. Notre indépendance nous aide certainement à faire des choix plus singuliers. C’est sans doute la qualité des illustrations et une certaine ligne graphique qui nous caractérise le mieux. Nous passons beaucoup de temps à rechercher l’illustrateur qui conviendra le mieux à chaque projet. Chaque projet est unique et cousu main. Il ne se décline pas dans une charte packaging ultra rigide. Nos jeux sont beaux et aiment se sentir bien partout. Mais j’ai conscience de ce que peut avoir de subjectif ma réponse. Ni élitiste, ni mainstream. Voilà le cap que nous essayons de suivre.

Merci à Laboludic de s’être prêté au jeu de l’interview.

Propos recueilli par Laurent.

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