[Test] – Mayor of chicago – construire une ville… et manipuler une élection

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Je dois l’avouer tout de suite : Mayor of Chicago m’a attiré avant même d’y jouer.
La raison est simple. Je suis un grand fan de la BD Blacksad, créée par Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido. J’ai tous les albums dans ma bibliothèque, les éditions classiques mais aussi les versions collectors, parce que c’est une œuvre que j’apprécie énormément. L’univers de Blacksad repose sur un monde d’animaux anthropomorphes plongé dans une ambiance noire, très inspirée des films policiers et des histoires de corruption politique.
Et quand on ouvre la boîte de Mayor of Chicago, difficile de ne pas penser à ça.
On retrouve ces personnages animaux habillés comme des figures politiques ou des notables, dans une ville qui semble respirer la combine, les coups tordus et les arrangements dans l’ombre. Un mélange entre caricature politique et polar urbain.
Autre influence qui me parle beaucoup : les films de Scorsese. Tout cet imaginaire de villes gangrenées par les jeux de pouvoir, les alliances douteuses et les rivalités entre figures d’influence. Sans aller aussi loin dans la narration, Mayor of Chicago joue clairement avec ces archétypes.
Ici, vous incarnez un candidat à la mairie qui tente de prendre le contrôle de la ville. Pour y parvenir, vous allez développer les quartiers, recruter des conseillers plus ou moins recommandables et manipuler différentes ressources : popularité, argent, alcool, force politique… et bien sûr corruption.
Car oui, la corruption est toujours là, pas très loin.
Derrière cette ambiance politique assez savoureuse se cache pourtant un jeu très mécanique : un puzzle d’optimisation et de placement où les cartes posées influencent toute l’économie de votre ville.
Mise en place
On commence par mélanger les 45 cartes Ville, qui représentent les quartiers de Chicago. Les quatre premières sont révélées et placées en colonne.
Ensuite, les 6 cartes Événement sont mélangées et placées horizontalement pour créer une grille de 6 colonnes sur 4 lignes. C’est cette grille qui va servir de plan de ville pendant toute la partie.
On choisit ensuite une carte Adversaire, qui va fixer l’objectif de la partie : nombre de votes à atteindre, pénalités éventuelles et difficulté.
Les ressources sont placées à côté :
- votes
- popularité
- dollars
- alcool
- force
- corruption
Enfin, on positionne les marqueurs de dollars sur la piste pour indiquer la somme de départ.

Comment on joue ?
Le tour de jeu
Chaque tour est très simple : vous devez choisir entre deux actions.
- Piocher une carte Ville
- Placer un conseiller recruté précédemment
La majorité du jeu se déroule autour de la première option.
Quand vous piochez une carte, vous regardez ses deux faces :
- quartier
- conseiller
Vous avez alors trois choix :
- étendre la ville
- recruter le conseiller
- défausser la carte
C’est là que les premiers dilemmes apparaissent.
Étendre la ville permet d’agrandir votre grille de quartiers. Chaque quartier contient différents symboles (dollars, popularité, force, etc.) qui vont servir à générer des ressources.
Les cartes doivent idéalement être placées le plus à gauche possible dans une rangée. Si vous choisissez de ne pas respecter cette position la plus à gauche afin d’optimiser autrement votre ville, vous gagnez immédiatement un point de corruption.
Et dans ce jeu, la corruption finit toujours par vous rattraper.
Recruter un conseiller est l’autre grande option. Chaque conseiller possède un coût, parfois réduit si vous avez assez de popularité ou de force. L’alcool peut aussi servir à réduire ce prix… mais cela augmente la corruption.
Bref, on gagne d’un côté ce qu’on perd de l’autre.
Une fois recrutés, les conseillers peuvent être placés dans la ville pour déclencher des effets et produire des ressources selon les symboles autour d’eux.
La fin de partie
La partie se termine lorsque :
- toutes les cartes Ville ont été piochées
- tous les conseillers recrutés ont été placés
On regarde alors si la ville est complète. Si la grille est incomplète, chaque emplacement vide génère de la corruption.
Ensuite, tous les effets des cartes Événement sont appliqués.
Ces événements comparent généralement vos ressources à celles de l’adversaire :
- plus ou moins de force
- plus ou moins de popularité
- plus ou moins de corruption
Selon les cas, vous gagnez ou perdez des votes, de l’argent ou d’autres ressources.
Enfin, vous devez payer une pénalité pour chaque point de corruption restant.
Si vous avez plus de votes que l’adversaire, vous remportez l’élection.
Sinon… votre carrière politique s’arrête là.
Ce système de résolution finale crée souvent des retournements de situation assez violents.

Simplicité des règles
Le jeu est globalement bien expliqué.
Le livret suit une progression logique :
mise en place -> actions -> capacités -> événements -> fin de partie.
La présence d’une aide de jeu très claire est également un vrai plus. Une fois la première partie terminée, on s’y réfère presque exclusivement.
Le point le plus délicat concerne surtout :
- le placement des quartiers
- les interactions entre conseillers
- la gestion des événements
Rien de vraiment compliqué, mais il faut une première partie pour que tout s’imbrique.Au final, Mayor of Chicago est un jeu plutôt accessible pour un joueur habitué aux jeux modernes, mais il reste un peu dense pour un public totalement novice.
Retrouvez les règles du jeu : https://undecent.fr/banque-de-livrets-de-regles/
Matériel et design
Les cartes Ville sont claires et les symboles sont faciles à identifier. Les icônes sont nombreuses mais restent lisibles.
La direction artistique est assez originale : les personnages sont des animaux anthropomorphes, ce qui donne un ton presque satirique à l’ensemble.
Cela renforce l’impression de caricature politique.
Les ressources sous forme de jetons colorés sont efficaces, même si elles restent assez classiques.
La grille de ville qui se construit progressivement donne aussi un vrai plaisir visuel. On voit littéralement la ville apparaître au fil de la partie.
Liste du matériel :
- 59 cartes
- 1 plateaux ressources
- 12 jetons ressources
- 1 livret de règles
Mécanique
Mayor of Chicago repose avant tout sur un puzzle spatial couplé à une optimisation de ressources. Toute la dynamique du jeu s’articule autour de la construction progressive de la grille représentant la ville.
Chaque carte quartier comporte plusieurs symboles associés aux différentes ressources du jeu. Lorsque vous placez un conseiller dans un bloc composé de quatre quartiers, vous devez choisir un type de ressource présent dans ce bloc. La quantité obtenue dépend alors du nombre d’icônes correspondantes visibles dans la zone.
Le système est volontairement simple :
1 icône permet de gagner 1 ressource,
2 icônes en rapportent 3,
3 icônes en produisent 5,
et 4 icônes permettent d’en obtenir 8.
Cette progression encourage naturellement les combinaisons et pousse les joueurs à organiser leur ville pour maximiser les symboles identiques. Chaque placement de quartier devient alors un véritable petit casse-tête. On cherche en permanence à aligner les bons symboles afin de préparer un futur placement de conseiller capable de déclencher une production efficace.
Mais cette logique de puzzle n’est que la première couche du jeu.
La seconde repose sur les capacités propres aux conseillers. Certains exploitent directement les symboles présents autour d’eux, d’autres amplifient leurs effets en fonction du nombre de conseillers voisins, tandis que certains déclenchent des capacités lorsqu’une carte est défaussée. Ces interactions créent progressivement une sorte de mécanique d’engrenage assez satisfaisante, où une bonne combinaison peut générer plusieurs effets en chaîne : des gains de votes, des conversions de ressources, des réductions de corruption ou encore la mise en place de véritables moteurs économiques.
On retrouve dans cette structure quelque chose qui rappelle des jeux de puzzle comme Sprawlopolis, mais avec une dimension économique nettement plus marquée.
C’est d’ailleurs à ce niveau que Mayor of Chicago devient particulièrement intéressant. Les différentes ressources ne fonctionnent jamais de manière isolée : elles interagissent constamment entre elles. L’alcool, par exemple, permet de réduire le coût de recrutement des conseillers, mais son utilisation augmente la corruption. Or la corruption entraîne des pénalités… tout en pouvant parfois être valorisée par certains événements. Rien n’est donc jamais totalement positif ou totalement négatif, et le jeu pousse en permanence à trouver un équilibre entre efficacité immédiate et conséquences à long terme.
Les événements viennent ajouter une couche supplémentaire de pression. Ces cartes comparent régulièrement vos ressources à celles de l’adversaire. Si votre force politique est insuffisante ou si votre popularité est trop basse, certains effets peuvent se retourner contre vous. Impossible donc de négliger un indicateur trop longtemps : il faut constamment surveiller l’ensemble de votre économie.
Le jeu donne ainsi l’impression d’un système relativement ouvert, mais la grille de ville impose en réalité des contraintes fortes. Chaque carte posée réduit les possibilités futures et oblige à composer avec les choix déjà effectués. C’est précisément là que la tension apparaît. Un mauvais placement en début de partie peut rendre tout un secteur de la ville difficile à exploiter, tandis qu’une combinaison bien pensée peut transformer un simple bloc de quartiers en véritable moteur de production.
Ce type de système s’avère particulièrement satisfaisant pour les joueurs qui aiment optimiser et planifier leurs actions.
Enfin, la corruption agit comme une pression constante. On peut choisir de l’ignorer temporairement pour accélérer sa stratégie, mais elle finit toujours par présenter l’addition. Ce mécanisme, simple dans son principe, évite que le jeu ne devienne trop froidement calculatoire et introduit une part de prise de risque bienvenue dans la gestion de la ville.
Thème
Le thème politique fonctionne étonnamment bien.
Construire une ville, recruter des conseillers, manipuler des ressources et éviter les scandales correspond assez bien à l’idée d’une campagne électorale.
Les événements sous forme de coupures de journaux renforcent aussi cette ambiance.
On sent une volonté de satire légère de la politique locale.
Ce n’est pas un jeu narratif, mais le thème reste suffisamment présent pour donner une identité au jeu.
Rangement
Le rangement est bien pensé. La boîte contient un insert adapté qui accueille correctement les cartes et les jetons de ressources. Les compartiments ont en plus des bords légèrement courbés, ce qui facilite vraiment la récupération des cartes sans devoir les pincer ou retourner la boîte.
C’est un petit détail, mais à l’usage c’est très appréciable, surtout pour un jeu que l’on sort facilement pour des parties rapides. Tout se range naturellement et la mise en place suivante s’en trouve d’autant plus fluide.

Verdict
Ce que j’ai ❤️
- le puzzle spatial très satisfaisant
- les interactions entre ressources
- les capacités de conseillers qui créent des combos
- les événements qui maintiennent la pression
Ce que j’ai 💔
- certaines capacités demandent un peu de lecture au début
- la corruption peut parfois punir très brutalement
- l’iconographie demande une petite adaptation
Conclusion
Mayor of Chicago est un jeu plutôt discret, mais qui révèle rapidement une belle finesse une fois sur la table. Derrière son thème politique et son univers peuplé de personnages animaux se cache en réalité un puzzle stratégique exigeant, dans lequel chaque placement compte et où toutes les ressources interagissent entre elles.
Le jeu trouvera particulièrement son public auprès des joueurs qui apprécient les casse-têtes tactiques et les jeux d’optimisation, ceux où l’on cherche constamment à améliorer ses enchaînements et à tirer le meilleur parti de chaque situation.
Les parties restent relativement courtes, mais elles donnent souvent envie d’en relancer une autre dans la foulée, simplement pour tenter d’affiner sa stratégie ou corriger un placement un peu trop approximatif… et pourquoi pas finir par vaincre les différents adversaires proposés dans la boîte.
Mayor of Chicago n’est peut-être pas le jeu le plus spectaculaire du genre, mais il possède cette qualité assez rare : celle de donner envie d’y revenir encore et encore, avec l’impression que la prochaine partie permettra enfin d’optimiser parfaitement sa ville.

Un coup de cœur de Rémi : Mayor of Chicago fait partie de ces jeux qui ne cherchent pas à impressionner par leur ampleur, mais qui séduisent par la finesse de leur mécanique. J’ai particulièrement apprécié la manière dont le jeu transforme la construction de la ville en un véritable casse-tête stratégique, où chaque placement influence toute l’économie de la partie. Avec ses parties rapides, sa montée de difficulté face aux différents adversaires et ce petit goût de « je peux sûrement faire mieux la prochaine fois », il s’est rapidement imposé comme un jeu vers lequel j’ai plaisir à revenir régulièrement. Un puzzle malin et exigeant qui mérite clairement qu’on s’y attarde.
Le jeu présenté ici nous été gracieusement envoyé par l’éditeur. Mais comme aucun dessous de table n’a été observé, cet article sera aussi bien baigné d’une objective bienveillance comme il pourra se révéler plus acerbe.

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