Independence Day : Faire Play Editions

Dans la série Independence Day qui se veut une présentation des éditeurs francophones à taille humaine dirions nous, j’ai le plaisir d’accueillir Mathieu Marchetti qui va nous parler de sa toute récente maison d’édition de jeux de société Faire Play Editions.

Independence Day : Faire Play Editions

Peux-tu nous présenter la société d’édition de jeux Faire Play Editions ?

Faire Play Editions est une jeune société basée en Haute-Corse, dans la région de Balagne. Faire Play Editions est née en février 2019, au départ sur Marseille et après un très long temps de réflexion. Chaque aspect a été réfléchi au mieux tout comme chacun des projets qui y sont (et seront) entrepris.

Mathieu, parle-nous un peu de toi, le fondateur de Faire Play Editions.

Independence Day : Faire Play Editions

Caméraman de formation, j’ai grandi dans les mondes de l’imaginaire avec des Livres dont vous êtes le héros, les Jeux de rôle et des jeux de plateaux comme Heroquest, Intrigues à Venise etc. Je suis plus un joueur autour d’une table que devant un écran, car je trouve que l’immersion est toujours plus agréable avec des rires, des conversations et du gâteau (même si j’aime bien de temps à autre me faire des instances avec les copains). J’essaie de mélanger mes expériences de création avec toutes les idées folles de jeux qui arpentent mon cerveau. Après de longs moments de réflexion et de travail sur mon premier jeu, j’ai créé Faire Play Éditions afin de faire vivre mes projets dans le cœur et les rêves des autres.

Y a -t-il quelqu’un d’autre que toi chez Faire Play Editions?

Non, je suis seul à guider ma barque, même si je considère les illustrateurs qui m’ont donné leur temps et leur talent comme faisant partie de la famille Faire Play Editions.

Peux-tu nous parler de la genèse de Faire Play Editions et ce qui t’as motivé à créer ta propre maison d’édition de jeux de société ?

La raison principale qui m’a motivé à créer ma propre maison d’édition est que je ne voulais pas me retrouver « rejeté » par des éditeurs juste parce qu’un de mes jeux n’entre pas dans une ligne éditoriale spécifique. Qu’une mécanique de règles ne fonctionne pas c’est normal et en tant qu’auteur on peut la retravailler pour qu’elle finisse par être équilibrée et fonctionnelle. Mais j’ai déjà vu des auteurs de prototypes qui se sont entendu dire que ça ne pouvait pas fonctionner car cela ne « respecte pas notre ligne éditoriale ». Je pense aussi que certains éditeurs qui signent un contrat avec un auteur s’approprie trop certains jeux jusqu’à en modifier l’essence même et pour le coup, le jeu y perd peut-être trop avec des illustrations modifiées, des règles réécrites à l’extrême. J’ai l’impression que l’auteur perd son jeu. Je ne dis pas que c’est forcement une mauvaise chose non plus, car certains éditeurs font juste les modifications nécessaires pour que cela fonctionne et l’auteur est doublement ravi de voir son jeu ainsi magnifié.
Et être un éditeur en Corse est à double tranchant ! J’ai des tas d’opportunités de projets étant le seul de ma branche sur l’île, mais c’est une activité qui est peu connue, qui fait peur même par moments ; les gens sont surpris que cela puisse exister parmi l’hôtellerie et le tourisme qui sont omniprésents sur le territoire insulaire. Et puis il y a la méditerranée à traverser alors, pour aller sur des festivals, c’est contraignant !

Quelles sont les principales difficultés rencontrées pour créer ta maison d’édition de jeux de société ?

L’inconnu et l’ignorance des gens dans ce domaine. Lorsque je suis allé travailler mon projet avec Pole Emploi et la CCI (Chambre de Commerce et d’Industrie), ils m’ont regardé avec des yeux de la taille d’une boule de pétanque. Clairement, c’était un projet qui les changeait du prêt-à-porter et de la restauration !

Quelle est la démarche d’édition choisie par Faire Play Editions?

Comme toute jeune société d’édition, je commence avec de l’auto-édition. Mais il ne s’agit pas d’ego mais plus un moyen de poser des bases qui me permettront ensuite de travailler avec des auteurs qui auront des pépites entre les mains. Le financement participatif fonctionne de la même manière et j’espère bien pouvoir développer la trésorerie nécessaire à une édition rapide, ou du moins de ne pas avoir besoin de gros crowdfunding pour les futurs projets de Faire Play Editions.

Vers quels choix de fabrication s’oriente Faire Play Editions ?
Comme beaucoup je pense, je souhaite développer des projets made in France, éco-responsables, ou au moins ayant une empreinte carbone moindre ; mais en discutant avec un ami artisan, je me suis rendu compte que c’était une démarche qui devait venir avec le temps lorsqu’on est nouvel entrepreneur et qu’il faut faire fi du chauvinisme au moins le temps d’avoir les moyens d’être chauvin.

Comment Faire Play Editions se fait-il le mieux connaître car l’insularité ne doit être un avantage ?

En effet l’insularité n’aide pas à arpenter tous les festivals de France, et se rendre sur certains génère une sortie de trésorerie importante qui oblige à être d’autant plus prudent sur les investissements. Cependant les festivals restent les meilleurs moyens de communication de Faire Play, avec un accompagnement de la comm’ sur les réseaux sociaux importants. Un site internet est également en cours de réflexion pour présenter les news de manière plus « professionnelle » et pour aussi avoir une boutique en ligne.

Mais en fait quelle est la ligne éditoriale choisie par Faire Play Editions?

N’étant pas un grand fan de l’idée de « perdre un jeu à cause d’une ligne éditoriale, je n’en ai pas moi même. Je suis capable d’éditer un jeu quelque soit son univers ou sa mécanique si le plus grand nombre peut s’amuser avec. Heroic-Fantasy, cyberpunk, japon médieval ; jeu de cartes, de plateau ou de rôle ; tous peuvent être édité par Faire Play Editions.

Comment se font les choix ? Comment l’éditeur s’intègre-t-il dans la conception des jeux qu’il édite ?

Un principe de règle, un choix graphique, une ambiance… S’il y a un truc qui fait tinter ma fibre ludique, je vais commencer à m’intéresser au jeu. Je m’attache beaucoup à la créativité et à la patte graphique. Puis si le jeu est susceptible de plaire aux gens, de leur faire passer un bon moment, de les faire un peu rêver, je pousse plus avant. Je vais ensuite discuter avec l’auteur, tenter de comprendre son approche, sa vision, et ce qu’il pense être l’avenir de son jeu. S’il souhaite garder son jeu le plus en l’état, alors je vais essayer de voir comment le satisfaire autant que l’on pourrait satisfaire les joueurs. Bref, je vais travailler avec lui plutôt que simplement lui acheter ses droits sur le jeu.
Evidemment si les illustrations sont des images prises sur le net ou juste des traits et des ronds, je vais faire en sorte de trouver un illustrateur, mais toujours en essayant de rester fidèle à la vision de l’auteur. Idem pour la mécanique. Bref c’est un travail de longue haleine, mais qui vaut le coup.

Pour un petit éditeur, combien de temps prend l’édition d’un jeu jusqu’à sa vente grand public ?


Cela va forcement dépendre du jeu, de son avancement, du nombre d’évolutions qu’il doit subir pour être commercialisable. Si l’auteur a bien fait son travail, l’ensemble des fichiers devraient vite être remis à l’imprimeur, puis ce sont les délais classiques pour une fabrication. Nous le saurons très vite vu que c’est ce qui va bientôt se produire pour notre premier jeu !

Parlons des jeux en cours d’édition par Faire Play Editions. Peux-tu nous présenter l’actualité du moment à savoir le jeu« Vous êtes dans une auberge » et sa campagne KS qui a débuté le 27 juillet ?

Independence Day : Faire Play Editions

Vous êtes dans une Auberge est mon premier jeu illustré par Baptiste Cauchy ; c’est un projet que je travaille depuis longtemps, peut être même avant que je ne décide d’être auteur ! En effet l’idée m’ait venue à la base de partie de Jeux De Rôle que je pratiquais dans les années 90. Beaucoup de scénarios med-fan commençaient par l’accroche « Vous êtes dans une Auberge… ». Et même pendant les parties, les joueurs s’y retrouvaient assez fréquemment. Et venait la fameuse question « que faites vous? ». Et là, je me retrouvais avec au mieux des joueurs qui écoutaient les conversations des autres clients, au pire qui buvaient un coup et qui allaient se coucher. Je me suis donc demandé ce que pourraient faire ces aventuriers dans la salle commune de cette auberge… C’est comme cela qu’aujourd’hui je m’apprête à éditer ce jeu.
Mais cela n’a pas été de tout repos, car je suis passer par plusieurs étapes de création et d’abandon, de doute et de colère. Au début je voulais un jeu de plateau avec une piste permettant aux joueurs d’essayer d’atteindre la dernière chambre de l’auberge. Un fiasco…
Puis j’ai essayer une alternative avec un jeu de cartes uniquement fait pour des interactions musclées entre joueurs. Mais cela perdait de son intérêt et je n’aimais pas la tournure que cela prenait. Cependant l’idée de jouer essentiellement avec des cartes me plaisait. J’ai réussi à arriver à un jeu assez proche de ce qu’il est aujourd’hui, en combinant un plus petit plateau et des jetons. Mais ce n’était toujours pas un format qui me convenait à 100%. Puis enfin j’ai réussi à avoir la version finale que je souhaitais. Puis la routine habituelle de tests sur des festivals, dans des boutiques, etc… jusqu’à aujourd’hui et un financement participatif qui a commencé le 27 juillet.

Evolution de Vous êtes dans une Auberge à travers le temps

Version finale du jeu

« Vous êtes dans une Auberge est un jeu d’achat de cartes avec interactions entre joueurs. Il se veut aussi un jeu d’ambiance car chaque carte jouée, chaque action, chaque marquage de points représente réellement ce que font les joueurs durant leur soirée dans l’auberge.
Chaque joueur incarne un des quatre aventuriers du jeu : Le Chevalier, Le nain, L’Elfe et le Hobbit ; chacun possédant de l’argent et des talents qui lui sont propres. Ils devront tous essayer de passer la meilleure soirée possible en gagnant le plus de points grâce aux cartes qu’ils achèteront. Mais ils pourront aussi gêner leurs adversaires grâce à des cartes spéciales et des actions plus tordues les unes que les autres. Il suffit s’aller voir les informations sur la page facebook Faire Play Editions.

Qu’en est-il des autres projets ?
Le projet Minutes Papillons est en bonne voie. C’est un jeu dont j’ai révisé la mécanique de jeu. Je pense qu’il est au point, mais avec tous les festivals annulés cette année du fait de la crise sanitaire, je n’ai malheureusement pas pu le faire tester. Quand aux illustrations, elles sont en cours de réalisation par Émeline Crochet, une grande artiste que j’ai connue en même temps que Baptiste Cauchy, l’illustrateur de Vous êtes dans une Auberge.

Independence Day : Faire Play Editions

Il y a également le prototype Dungeon Hex qui a aussi vu sa mécanique évoluer un peu avant le confinement dans le but d’être playtesté durant les festivals, mais il est en suspend, car Erwan de Kosmic Dungeon, qui me faisait les illustrations des tuiles de jeu, a décidé de faire une pause dans le dessin, ce que je respecte. J’attends de voir s’il veut reprendre les crayons, puis j’aviserai.

Quels circuits de distribution penses tu choisir ? Et quels sont ceux qui fonctionneraient le mieux ?


Pour le moment, Faire Play va distribuer ses jeux elle même en boutique et magasins, sur les marchés de producteur en Corse, sur les festivals quand cela est possible, et sur son site Internet lorsqu’il sera prêt. Cependant si un distributeur volontaire et décidé est intéressé, je serai ravi de m’épargner quelques déplacements 😉

Enfin pour conclure, qu’est-ce qui fait selon toi l’originalité d’un éditeur comme Faire Play Editions ?

Je ne sais pas si je suis le mieux placé pour parler de mon originalité, car j’ai moi même été inspiré par d’autres éditeurs comme Jeux Opla, The Freaky 42 ou encore Cosmo Duck, et j’espère bien arriver à leur niveau. Je pense que mon « ouverture » et mon envie de donner sa chance aux jeunes auteurs sont le vrai sens de Faire Play !

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