[Test] – Earth – La nature dans toute sa grandeur

1 à 5 joueursMaxime Tardif
13 +Conor Mcgoey
45 à 90 minutesLuckyDuck Games
Construction de tableau, Gestion de main, moteurNéoludis
07/04/2024 Ecologie, Nature
PVC : 50€
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 Chaque joueur reçoit un plateau personnel où il va construire son île en grille 4×4. On choisit une carte Île et une carte Climat qui déterminent les ressources de départ et un petit pouvoir, puis une carte Écosystème qui fixera un objectif de score personnel (en plus des deux objectifs communs). Le plateau Faune accueille aussi quatre objectifs de course. Enfin, on distribue les jetons de sol, de germes et de croissance qui serviront à alimenter son moteur. Dès la mise en place, il y a déjà une vraie orientation stratégique, mais aussi le risque de se sentir noyé devant la quantité d’options.

 Le joueur actif choisit l’une des quatre actions possibles (Planter, Arroser, Composter ou Croître). Il en tire le bénéfice majeur, pendant que les autres joueurs profitent d’une version mineure de la même action. Ensuite, tous activent les capacités de leurs cartes liées à cette couleur. C’est le cœur du jeu : chaque carte posée devient une pièce d’un engrenage qui s’active en cascade, parfois longuement, donnant cette sensation de moteur qui tourne à plein régime. Mais ça peut vite devenir mécanique et répétitif si on n’est pas sensible au plaisir d’optimiser à la chaîne.

La fin de partie

 La partie avance sans manche fixe, chacun jouant à tour de rôle jusqu’à ce qu’un joueur ait complété son tableau 4×4 de 16 cartes. Cela déclenche la fin de la partie : on finit la manche en cours pour que tout le monde ait joué le même nombre de tours. On passe alors au grand décompte, en additionnant la valeur des cartes jouées, les objectifs atteints, les germes et croissances accumulés, le compost, sans oublier le bonus pour celui qui a terminé son île en premier. C’est un scoring tentaculaire, riche en sources de points, qui ravira les amateurs de calculs mais peut frustrer ceux qui cherchent une conclusion plus claire et plus resserrée.

Légende des Meeples
meeple vert

Simplicité des règles

Sur le papier, Earth est dotée de règles simple. Quatre actions seulement, planter, arroser, composter, croître, et un principe : le joueur actif fait l’action en version complète, les autres en version réduite, puis tout le monde déclenche les capacités de ses cartes de la couleur correspondante. Dit comme ça, c’est fluide et intuitif, surtout qu’on a un rappel permanent sur le plateau joueur. En une explication de 10 minutes, tout le monde peut se lancer.

Mais la simplicité s’arrête là. Car une fois la partie en route, la profusion d’icônes, les effets en cascade et les multiples objectifs (écosystèmes, faune, climat, compost, croissance, germes, terrains, événements…) demandent une gymnastique mentale assez intense. Ce n’est pas la règle qui est compliquée, c’est la lecture du jeu. Le système oblige à anticiper des enchaînements parfois longs et à surveiller à la fois son propre moteur et les courses partagées. Résultat : un jeu qui se présente comme accessible, mais qui révèle vite une profondeur exigeante. Accessible aux nouveaux, oui, mais clairement calibré pour des joueurs qui aiment optimiser et calculer.

Retrouvez les règles du jeu : https://undecent.fr/banque-de-livrets-de-regles/

Matériel et design

Liste du matériel :

  • 283 cartes Terre
  • 145 cubes Germe
  • 105 jetons Sol
  • 88 pions Tronc
  • 74 pions Canopée
  • 32 carte Écosystème
  • 25 jetons Feuille
  • 23 cartes Faune
  • 10 cartes Île
  • 10 cartes Climat
  • 6 cartes Mode Solo
  • 5 plateaux Joueur
  • 1 jeton Joueur Actif
  • 1 jeton Premier joueur
  • 1 plateau Faune
  • 1 bloc de score
  • 1 livret de règles

Earth c’est près de 360 cartes, toutes illustrées, un plateau Faune, des plateaux joueurs, des jetons de sol, des germes, des pions de croissance tronc et canopée… La boîte déborde de matériel, et ça donne une vraie sensation de générosité. Les illustrations naturalistes, quasi encyclopédiques, créent une atmosphère cohérente, même si on est plus dans le didactique que dans l’évocateur. Chaque carte ressemble à une fiche documentaire, ce qui colle au thème mais peut aussi donner un côté un peu froid, presque scolaire. Côté ergonomie, l’iconographie est claire une fois maîtrisée, mais la profusion de symboles et de couleurs rend les premiers tours brouillons. On sent que le souci de variété et de complétude a primé sur l’épure : ça fonctionne, mais au prix d’une saturation visuelle qui peut fatiguer. En bref, un matériel solide et soigné, mais pas toujours au service de la lisibilité.

meeple vert

Mécanique

Construction de moteur
Au cœur d’Earth, tout tourne autour d’un moteur à cartes. Chaque nouvelle plante ou terrain vient ajouter une capacité qui se déclenche en cascade quand on choisit l’action associée. Plus ton tableau se remplit, plus tes tours deviennent puissants. C’est satisfaisant et efficace, mais ça peut vite virer à la gestion de combos automatiques où tu subis ton propre enchaînement plutôt que de le contrôler.

Course aux objectifs
En parallèle, le jeu installe une vraie dynamique de course avec les cartes Faune (objectifs à atteindre avant les autres) et les cartes Écosystème (objectifs communs ou personnels). Ces conditions guident les choix stratégiques, mais elles ajoutent aussi une pression supplémentaire qui peut frustrer si tu te fais doubler d’un rien. L’aspect compétitif reste indirect, chacun construit son moteur dans son coin, mais ces courses mettent du liant entre les joueurs.

Gestion de ressources multiples
Sol, germes, compost, croissance… Earth multiplie les petites ressources à engranger et convertir. Chacune rapporte des points en fin de partie, mais sert aussi de carburant au moteur. Ce côté “tout est utile” est malin, mais ça crée aussi un sentiment de micro-gestion permanente où rien n’est jamais suffisant. Ceux qui aiment optimiser au millimètre seront ravis, les autres risquent de trouver ça lourd.

Scoring tentaculaire
La fin de partie récompense quasiment tout : cartes posées, germes accumulés, croissance atteinte, compost stocké, objectifs validés, bonus de fin… Résultat, il est presque impossible de tout surveiller. Certains y verront une richesse et une liberté stratégique, d’autres un grand décompte brouillon où la victoire se joue parfois à celui qui a mieux suivi la feuille de calcul mentale.

Interaction indirecte
Enfin, l’interaction entre joueurs est faible : on se contente d’espionner la progression des autres sur les objectifs et de profiter en permanence d’une version mineure des actions choisies par le joueur actif. Pas d’attaque, pas de blocage direct, juste une compétition parallèle. Ça rend le jeu fluide et agréable à plusieurs, mais aussi très solitaire dans la sensation.

Thème

Earth revendique un thème fort : recréer un écosystème, faire pousser des plantes, accumuler des germes, développer de la croissance… Sur le papier, c’est séduisant, et les illustrations naturalistes donnent une vraie cohérence visuelle. Mais une fois la partie lancée, la sensation de nature vivante s’efface assez vite derrière la mécanique. Les germes deviennent des cubes à points, la croissance des pions empilés pour scorer, le compost une simple défausse optimisée. On n’a pas vraiment l’impression de cultiver une forêt, mais plutôt d’empiler des effets dans un tableau. Le thème est donc bien présent graphiquement et dans le vocabulaire, mais il sert surtout de vernis à un gros jeu de moteur abstrait. Ça plaira aux joueurs sensibles aux belles cartes et à l’idée de biodiversité, mais ceux qui cherchent de l’immersion risquent de trouver ça froid.

Rangement

La boîte d’Earth est massive et bien remplie, mais l’éditeur a pensé à l’organisation. On trouve un insert en carton qui permet de séparer les différents types de cartes et de ranger correctement les jetons. Rien de révolutionnaire, mais ça évite le chaos. Les nombreuses cartes sont néanmoins le point sensible : sans sleeves ou sans système plus poussé, elles s’usent vite et restent longues à trier. Le jeu propose énormément de matériel, donc forcément la mise en place et le rangement prennent un peu de temps, surtout comparé à des jeux plus compacts. On reste dans du classique efficace : tout tient dans la boîte, ça ne déborde pas, mais on n’échappe pas à la petite logistique de préparation avant chaque partie.

Verdict ?

Ce que j’ai ❤️

  • Un moteur de jeu riche et gratifiant, qui devient de plus en plus puissant au fil de la partie.
  • Une rejouabilité énorme grâce à la quantité de cartes et de combinaisons.
  • Des règles simples à expliquer et accessibles
  • Un matériel généreux et solide, avec des illustrations naturalistes qui plaisent à l’œil.

Ce que j’ai 💔

  • Surcharge d’icônes et d’informations qui rend les premières parties laborieuses.
  • Thème qui reste surtout cosmétique : on ne ressent pas vraiment un écosystème vivant.
  • Interaction limitée : chacun joue surtout dans son coin, la compétition passe par la course aux objectifs.

Conclusion

Earth : des centaines de cartes, une rejouabilité immense, un moteur de jeu qui se renforce tour après tour. C’est un titre pensé pour les amateurs de construction, de combos et d’optimisation, ceux qui aiment voir un tableau s’animer sous leurs yeux et calculer le moindre point. Ses règles accessibles cachent en réalité une complexité d’icônes, d’objectifs et de micro-ressources qui peut vite décourager les joueurs occasionnels.

Visuellement, c’est généreux, presque encyclopédique, mais cette abondance se paie par une certaine froideur : le thème se lit plus qu’il ne se ressent. L’interaction reste minimale, chacun construisant son moteur dans son coin, ce qui accentue ce côté “solitaire compétitif”. Ajoute à ça une mise en place un peu lourde et un scoring tentaculaire, et tu obtiens un jeu qui ne s’adresse pas à tout le monde.

Fait intéressant, dans certaines parties, Earth parvient à recréer une sensation que j’ai souvent eue sur Res Arcana : ce plaisir de voir un moteur s’imbriquer parfaitement, où chaque action nourrit la suivante pour produire un résultat explosif. Et quand on sait que j’ai plus de 600 parties de Res Arcana au compteur, la comparaison est loin d’être anodine. C’est une flatterie, mais aussi un indice : Earth a ce potentiel d’ivresse mécanique, même si ça demande plus de patience et de tolérance à la lourdeur.

En clair : Earth est une machine bien huilée, impressionnante et gratifiante pour qui aime optimiser, mais qui risque de laisser de côté ceux qui cherchent immersion, simplicité et dynamisme. Un jeu dense, exigeant, taillé pour les stratèges patients plus que pour les explorateurs en herbe.

Le jeu présenté ici nous été gracieusement envoyé par l’éditeur. Mais comme aucun dessous de table n’a été observé, cet article sera aussi bien baigné d’une objective bienveillance comme il pourra se révéler plus acerbe.

Hello asso

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