[Test] Les Secrets de Warden Keene – Quand les morts prennent la parole












Les Secrets de Warden Keene est un jeu d’enquête coopératif édité par Bombyx, dans lequel les joueurs doivent résoudre des mystères en recueillant et en croisant les informations laissées par les habitants d’un cimetière de l’Illinois, en 1925. Ici, pas de compétition ni de hasard : il faut observer, relier les indices et reconstituer les histoires des morts pour comprendre les secrets qui entourent Warden Keene.
Avec ce titre, Bombyx retrouve un terrain qui lui est cher : proposer des jeux immédiatement reconnaissables par leur univers et leur direction artistique, comme Legions, Takenoko ou Knarr. Mais Les Secrets de Warden Keene se distingue surtout par son approche narrative et sa source d’inspiration littéraire.
Le jeu est conçu par Paolo Mori et Silvano Sorrentino, deux auteurs aux parcours très différents mais particulièrement adaptés à ce projet. Paolo Mori est un auteur reconnu pour sa capacité à explorer des genres variés, avec notamment Ethnos, Libertalia, Toy Battle ou Blitzkrieg!. Silvano Sorrentino vient quant à lui de l’univers des énigmes et des puzzles et s’est notamment illustré avec la série d’escape games Deckscape. Leur association donne ici naissance à une enquête qui privilégie la réflexion et l’observation plutôt que les mécaniques classiques de confrontation.
Mais la véritable originalité de Les Secrets de Warden Keene se trouve dans son lien avec Spoon River, un recueil de poèmes publié en 1915 par l’écrivain américain Edgar Lee Masters. Dans cette œuvre, les habitants d’une petite ville américaine racontent leur vie depuis leur tombe, révélant progressivement leurs relations, leurs regrets, leurs secrets et parfois les véritables raisons de leur mort. Le jeu reprend directement ce principe : chaque tombe devient une voix, chaque épitaphe apporte une pièce du puzzle et les récits des disparus finissent par se croiser.
Cette influence transforme donc le cimetière en véritable terrain d’enquête. Pour résoudre les mystères, il ne suffit pas de chercher un indice isolé : il faut écouter les morts, rapprocher leurs témoignages et comprendre les liens qui unissent les différents habitants de Warden Keene. Une proposition originale qui mêle enquête, déduction et narration, tout en adaptant avec intelligence un procédé littéraire vieux de plus d’un siècle au jeu de société.
Alors, prêt à arpenter les allées du cimetière de Spoon River ?
Mise en place
La mise en place du jeu Les secrets de Warden Keene est simple. On déplie la feuille qui représente le cimetière de Spoon River puis on place les 36 pierres tombales aux endroits prévus à cet effet. Comme dans un vrai cimetière… à chaque numéro correspond l’emplacement d’une pierre tombale. Puis, on monte et on place l’entrée du cimetière. Le décors est planté.


Pour finir, on se munit du journal de Warden Keene sans le feuilleter car il pourrait nous dévoiler des choses qu’on ne doit pas connaître tout de suite ; puis on suit les instructions.
Le journal commence par une lettre manuscrit de Warden Keene qui nous apprend que l’on a été choisi pour être le nouveau gardien du cimetière de Spoon River. Le jeu commence… Nous avons alors onze mystères à résoudre.

Comment on joue ?
Il va sans dire que dans ce type de jeu, expliquer la règle, c’est vite fait. On ouvre le livre et on joue !

Donc le comment on joue, c’est surtout parler des mécaniques de jeu. Allons-y.
Au fur et à mesure de la lecture du journal de Warden Keene, on découvre un nouveau mystère que l’on devra élucider. Chaque tombe en renferme un. Les épitaphes, les enveloppes, le calendrier lunaire et les instructions notées dans le journal nous aident à les résoudre. Il faut être vigilant au moindre détail.
Quand Warden nous conte le secret qui entoure chaque mort, on trouve les instructions qui permettront d’élucider ces mystères, son raisonnement et la solution écrite à l’envers. Le tout écrit dans différentes couleurs.
Les mystères ne sont pas tous du même niveau de résolution mais ils sont tous abordables. Le jeu est d’ailleurs annoncé à partir de 10 ans. Donc nous sommes dans du familial plus.
Si on a besoin d’aide ou de vérifier si on a trouvé la solution, il est préférable de se munir du calendrier lunaire pour cacher les différentes étapes et les dévoiler une à une, ligne après ligne. Ce qui permet de revoir nos hypothèses et de se corriger.
On commence d’ailleurs par une énigme très simple pour se mettre dans le bain.
Comme dans la plupart des jeux à énigmes, on peut y jouer seul ou à plusieurs mais il ne faut pas être trop nombreux – 3 c’est bien.
Il n’y a pas de manipulation de cartes, pas d’appli, tout repose sur l’observation, la réflexion et la logique avec les réponses dans le livret.
C’est un jeu narratif donc il faudra être très attentif à la lecture.
Comptez 2 à 3 heures de jeu en non stop. Ce qui est une durée contenue. Il n’y a qu’une seule histoire autour des énigmes que l’on suit dans l’ordre. Pas d’énigmes infaisables et pas de rejouabilité puisqu’il n’y a pas de chemin alternatif.

Simplicité des règles
La règle est simple, on se munit du journal de Warden Keene et on le lit à voix haute puis on suit ses instructions et c’est parti…
Retrouvez les règles du jeu : https://undecent.fr/banque-de-livrets-de-regles/
Matériel et design
Quand on ouvre la boîte, on trouve un décor de grille de cimetière, deux enveloppes à n’ouvrir que lorsque l’on y sera invité, un calendrier lunaire, un journal celui de Warden Keene – le précédent gardien du cimetière, dans lequel on découvrira au fur et à mesure de notre lecture les différents mystères qui entourent ces morts ainsi qu’une feuille en guise de plateau.
Puis on découvre une pierre tombale en calage cartonné sous laquelle se cache de belles tombes en carton très épais et pour certaines même en double couches. On trouve également une bougie en bois et comme dans tout cimetière rôdent… des corbeaux – ici en bois.

Du beau matériel en somme !
Le tout, rangé dans une boîte avec un insert illustré style BD. Le journal contient de belles illustrations dont on ne tient pas compte pour résoudre les énigmes sauf instructions contraires.


Liste du matériel :
- 36 tuiles Stèle en carton.
- 1 portail en carton et 1 plan du cimetière.
- 1 cahier (carnet du gardien) et divers documents (lettre, enveloppes).
- 8 pions en bois (7 corneilles et 1 bougie).
Thème
Un thème qui donne du sens à l’enquête
Le choix du cimetière comme décor fonctionne particulièrement bien dans Les Secrets de Warden Keene, car il n’est pas qu’un simple habillage. Les joueurs enquêtent sur une communauté de l’Illinois en 1925 en découvrant les histoires de ceux qui y sont enterrés. Chaque personnage apporte des informations sur sa propre vie, mais aussi sur celle des autres, obligeant à croiser les témoignages pour comprendre les relations et les événements.


L’influence de Spoon River
Cette idée vient directement de Spoon River, recueil de poèmes publié en 1915 par l’Américain Edgar Lee Masters. L’auteur imagine les habitants décédés d’une petite ville de l’Illinois racontant leur existence depuis leur tombe. Un mort évoque son voisin, celui-ci donne une autre version des faits, et le lecteur reconstitue progressivement les secrets de la communauté.

Masters pousse même cette idée jusqu’à faire du graveur de pierres tombales Richard Bone le témoin des « fausses chroniques des pierres ». Dans Spoon River, l’épitaphe peut donc raconter une vérité officielle, incomplète ou arrangée. Chaque mort livre sa propre version des événements, parfois en contradiction avec celle de ses voisins.
Les Secrets de Warden Keene reprend exactement ce principe. Une tombe peut révéler une information sur un autre personnage ; en rapprochant plusieurs témoignages, les joueurs comprennent peu à peu qui connaissait qui et ce qui s’est réellement passé.
Le thème est donc particulièrement réussi parce qu’il sert directement la mécanique d’enquête. Le cimetière justifie la présence des témoignages, les personnages donnent matière aux déductions et les liens entre les morts constituent le véritable puzzle. Même sans connaître Spoon River, on comprend immédiatement pourquoi il faut examiner les histoires de chacun pour résoudre l’enquête.
Une belle réussite thématique : ici, le décor ne raconte pas l’histoire à la place du jeu, il fait partie de l’énigme.
Rangement
La boîte est bien optimisée, chaque élément y trouve sa place avec un système de boites cartonnées à ouvrir. Un bon calage et tout colle comme il faut.


Verdict
Ce que j’ai ❤️
- Du beau matériel de qualité, du carton épais, du bois ; même les feuilles du journal sont assez épaisses.
- Les illustrations sont jolies malgré le côté sombre du thème.
- Attention, le jeu nous tient en haleine et on a dû mal à le lâcher.
- Si on pêche sur une énigme, on peut toujours aller chercher de l’aide en lisant le raisonnement de Warden.
Ce que j’ai 💔
- la feuille qui sert de plateau est plus fragile et risque de se déchirer. On pourrait s’en passer à condition de bien respecter l’ordre des tombes car leurs emplacement sont primordiaux.
- La durée du jeu. J’attendais ce jeu avec une certaine impatience depuis la présentation de Yann Droumaguet sur Essen l’an dernier sur le stand Bombyx et je m’attendais à quelque chose de plus long.
Conclusion
Les Secrets de Warden Keene est une réussite pour les amateurs d’enquêtes accessibles et de déduction narrative. Son principal atout est de proposer des énigmes simples à prendre en main, sans règle à apprendre, tout en utilisant intelligemment les témoignages des morts pour construire son intrigue.
Le jeu est annoncé à 20 minutes par énigme, ce qui est plutôt réaliste. Le temps passe vite, alors attention, prévoyez suffisamment de temps, le jeu étant addictif, on a du mal à s’arrêter. Nous avons fait les énigmes d’une traite. On était parti pour quelques énigmes et on les a toutes faites à la suite !
Gros point fort : pas de règle ! Dans Les secrets de Warden Keene tout est simple, la mise en place, la règle et le rangement … sauf les énigmes, même s’il faut le reconnaître, elles sont plutôt accessibles et surtout on n’est jamais bloqué puisqu’il suffit de lire le raisonnement de Warden Keene et le cas échéant les solutions.
Le gros regret : le jeu n’est pas rejouable (mais ça on le savait) mais surtout il est un peu court.
Alors une déception ? N’allons pas jusque-là. Disons simplement que nous en attendions tellement que la durée du jeu nous a laissés un peu sur notre faim. Mais reconnaissons au jeu de grandes qualités.
Le jeu présenté ici nous été gracieusement envoyé par l’éditeur. Mais comme aucun dessous de table n’a été observé, cet article sera aussi bien baigné d’une objective bienveillance comme il pourra se révéler plus acerbe.

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