Sébastien Célerin

Aujourd’hui, je vous propose une interview backstage, celle de Sébastien Célerin, actuellement responsable d’édition chez Bragelonne Games. Son CV est aussi hétéroclite que long. Sébastien est issu de l’univers des jeux de rôle et il est notamment l’un des auteurs d’un jeu auquel j’ai beaucoup joué à l’époque : Retrofutur, aussi c’est un peu avec le cœur palpitant que j’écris ces lignes, ayant passé mes plus belles heures des MJ avec ce jeu. Sébastien a également participé à l’édition d’un jeu de figurines mythique à l’époque auquel j’ai joué des centaines d’heures : Confrontation.

Salut Sébastien, tout d’abord merci d’avoir accepté cette interview et merci d’avoir pondu Retrofutur, ce jeu tellement atypique et Confrontation, un des meilleurs jeux d’escarmouche qui existe!

Pour commencer cette interview, peux-tu nous résumer un peu ton parcours avant d’arriver à l’édition de jeux de société avec Bragelone ?

J’ai commencé ma carrière à la fin des années 90 comme créateur de contenu pour des jeux de rôle de Multisim et des jeux vidéos de ses partenaires de l’époque. J’ai ensuite été recruté par Frédéric Weil comme assistant éditorial, puis j’y ai piloté les développements des univers de créations françaises (Nephilim, Agone, Guildes, Rétrofutur) alors que l’entreprise développait ses premiers jeux de société, dont Citadelles. J’ai ensuite rejoint Rackham pour diriger le développement du JdR tiré de l’univers de Confrontation, Cadwallon, et j’ai en outre participé à Cry Havoc, la revue de Rackham et AT-43, sans oublier Confrontation 3, Dogs of War et Rag’narok 2. Je suis ensuite parti travaillé chez Play Factory pour y superviser DD4E au côté d’Arnaud Cuidet (rédacteur en chef du mag Dragon Rouge) et de Guillaume Gille-Naves. Cela m’a permis de collaborer au développement de Dooble notamment. Par la suite, j’ai quitté l’entertainment car j’ai répondu à une annonce que j’ai alors trouvée insolite. Une agence de comm expert en Marketing RH recherchait des game designers rôlistes. J’ai passé quelques années à développer des jeux sérieux sur toutes sortes de thèmes (recrutement, médiation culturelle…). En parallèle, je me suis associé à plusieurs personnes pour continuer à éditer du jeu, du JdR notamment mais pas seulement car je suis l’un des XII Singes qui a coédite Hanabi. J’ai également collaboré à plusieurs adaptations d’œuvre, comme des romans depuis des mangas, des drama depuis des jeux vidéos… Tout n’a pas vu le jour, comme souvent dans l’audiovisuel, mais ce fut de riches expériences. On s’arrête peut-être là car t’imagines bien qu’en plus de vingt ans, on fait des choses. Ces dernières années, je me suis surtout consacré aux jeux de société : Arcana, The Adventurers, Attack on Titan: The Last Stand, Tokyo Ghoul: Bloody Masquerade, Fearz… Et maintenant des jeux de société chez Bragelonne Games.

Tu as participé à l’élaboration de pas mal de jeux de rôles, peux-tu nous expliquer comment naît un jeu de rôle ?

Oh ! Tu ne m’avais pas dit qu’on allait en fait travailler à un blog souhaitant faire le tour de cette question. Il y a plein de manières de faire, mais disons qu’il faut chercher à répondre à la double question suivante : qu’est-ce qu’on joue et pourquoi ? Sans une réponse claire à cela, tu peux développer un monde, ainsi qu’un système de résolution. Tu peux même proposer des innovations quant au dispositif, mais ce qui fait que nous jouerons un rôle dans toutes les acceptations du terme, ce sera la réponse apportée. Un personnage. Un rôle dans le groupe. Un rôle dans le monde.

J’ai une question qui m’a toujours taraudé, as-tu une explication sur la chute assez brutale du jeu Confrontation ?

C’est une question complexe. J’étais un collaborateur parmi d’autres. Nous étions plus de 80. Je crois que Rackham n’a pas su gérer la croissance de son activité et surtout la mutation de son statut juridique. Ce n’est pas rare. Avoir su créer une telle entreprise et un produit comme Confrontation, innovant sur un secteur dominé par une très grande entreprise mondiale, c’est déjà une prouesse entrepreneuriale. La développer, en faire une PME robuste qui attire les investisseurs, c’en est une autre. Et c’est ce que les fondateurs de Rackham, ont su faire. Ensuite, c’est sans doute un autre métier de piloter une entreprise détenue par des actionnaires aux attentes très diverses.

Les capacités d’innovation sur les jeux Rackham ne sont pas en cause. Les dernières évolutions de Confrontation ont été saluées par la critique comme par sa communauté. AT-43 a marqué un tournant dans le jeu de figurines. J’en veux pour preuve qu’il n’est pas simple de se procurer les livres et les figurines produites à l’époque. Ceux qui les ont les conservent jalousement.

Les idées nouvelles notamment en matière de jeux de société développées par bon nombre des personnes de mon équipe ont trouvé d’autres éditeurs. Jean-Baptiste Lullien et Nicolas Raoult ont pas trop mal réussi avec Zombicide au côté de Raphaël Guiton, co-fondateur de Rackham et sans doute le meilleur mondial en direction technique de production de figurines.

Un Kickstarter a tenté de ressusciter la franchise, as-tu des nouvelles ?

Aucune, mais il n’y a aucune raison pour que j’en aie. Je n’étais que salarié chez Rackham. Je peux simplement te dire qu’entre la fin de Rackham et le KS que tu évoques, d’autres projets ont été évoqués à propos de cet univers, dont un ouvrage pour rendre compatible les Wolfens et D&D. C’était en DD4E à l’époque.

Une question pour l’éditeur maintenant, pourquoi Bragelonne, éditeur de romans, a-t-il souhaité se diversifier dans les jeux de société, y a-t-il un rapport avec la baisse des ventes de livre en général ?

Les fondateurs de Bragelonne sont des joueurs. J’ai développé Agone au côté de Stéphane Marsan d’après l’univers de Mathieu Gaborit. Alain Névant, le patron de Bragelonne Games, a une impressionnante collection de jeux. Tu ne risques pas tes économies sur le développement de produits culturels sans y être profondément attaché, surtout quand ton secteur n’a pas la faveur des subventions. L’édition des littératures de l’imaginaire ou le jeu de société, c’est pas le cinéma ou le jeu vidéo.

Quant à la relation avec l’évolution du marché du livre, si tu regardes le catalogue Bragelonne, tu verras qu’il a plutôt le vent en poupe. Les auteurs que publie Stéphane depuis 20 ans bénéficient aujourd’hui de jeu vidéo (The Witcher) et de série TV (Altered Carbon, Locke & Key). Si tu as cherché à acheter un livre à Noël dernier, tu as du voir bon nombre de ces titres en tête des ventes.

Quelle est la ligne éditoriale de Bragelonne Games ?

Est-ce qu’on se définie par un type de jeu ? Par un format de boîte ? Par un type d’emballage ? Un genre ? Un âge cible ? En nombre de joueurs ? Est-ce qu’on ne s’adressera qu’aux geeks ou aux joueurs réputés experts ? Bah, non, comme la plupart des éditeurs de jeux de société, en fait.

Cela dit, nous sommes conscients que nous sommes attendus sur des adaptations d’œuvre que Bragelonne publie. Nous y travaillons et nous discutons des droits de quelques-unes.

Quel est ton jeu préféré hors Bragelonne, Castelmore et Bragelonne Games ?

Je sais pas si j’ai plus joué à Fief ou à Mare Nostrum, toute édition confondue… à Puerto Rico, peut-être. Hum… J’ai beaucoup joué à Pandemic et à Inca Empire. Mais ces dernières années, Azul a occupé pas mal de mes soirées (côté plateau gris).

Et je m’amuse comme un petit fou à Rivière d’enfer. Mais celui qui m’a apporté le plus de plaisirs ludiques différents, c’est sans conteste Vampire: The Eternal Struggle dès Jyhad.

Difficile de choisir… En fait, rien ne vaut l’animation d’un jeu de rôle pour des amis.

As tu un scoop à nous partager ?

Les amateurs du Off de Cannes savent que nous travaillons sur une adaptation de Légende de David Gemmel. Hum… Ce n’est donc pas un scoop. Nous publierons l’édition française de For The Queen ainsi que des déclinaisons de cette machine à histoires. Et nous publierons un jour du JdR, un jeu d’enquêtes sans hasard (sans dés, en fait) mais dépendant du temps qui passe autour de la table. Et sans doute une nouvelle édition pour jouer dans les Lames du Cardinal.

Et si on sortait le jeu “Questions de merde” pour continuer cette interview ? Je tire 3 cartes, voici les questions :

Voici les questions de la première carte

À quelle époque aurais-tu aimé vivre ?

Vivre ? Aucune. J’aurais bien aimé être le témoin de certains événements. Pas forcément très éloignés dans le passé. Être à un concert de Pink Floyd à leur début, ou voir les premiers concerts Death Punk ou la tournée de Kiss Me Kiss Me Kiss Me. Participé aux premiers tests de Vampire The Masquerade pour pouvoir dire « sérieux, vos histoires de difficultés relatives, ça ne marchera pas ».

Quelle petite erreur est capable de te mettre dans une colère noire ?

Une colère noire ? Aucune.

Comment expliquerais-tu à un enfant, comment on fait des bébés ?

Tout le monde se pose la question à ton âge. Quand tu seras adolescent, tu seras en mesure d’en faire, et on en reparlera. D’ici là, demande-toi si tu as envie d’en faire bientôt, et donc si tu es prêt à renoncer à tes jouets, tes copains, à la cour de récré, à toutes ses heures passées sur la tablette ou la console… Pour te consacrer à ses envies et ses besoins quand il en a envie.

Le moment venu, je répondrai à toutes tes questions et tu pourras compter sur moi pour parler de tous les aspects du sujet.

Voici les questions de la deuxième carte

Si tu pouvais être mécène, que financerais-tu ?

La lutte contre les violences faites aux femmes, l’adoption d’enfants de par le monde, la lutte contre la faim, la protection des animaux… Et si je suis un mécène, il doit m’en rester un peu pour une rédaction d’un média dédié aux jeux de société.

Quel est ton point faible en matière de bouffe ?

Un point faible ? Drôle de question. J’adore les piments, et cela peut te jouer des tours.

Comment ferais-tu comprendre à un(e) ami(e) qu’il/elle n’est pas ton/ta meilleur(e) amie ?

Drôle de question. Mon entourage sait qui est ma meilleure amie. Je crois que si je découvrais un rapport déséquilibré, j’essaierais de m’investir davantage.

Voici les questions de la dernière carte

Quelle est la meilleure activité de “team-building” ?

Hanabi !

À quelle occasion as-tu été trop cruel ?

Aucune idée. Je crois pas être capable d’être cruel, mais peut-être qu’il existe quelqu’un qui pense le contraire.

Que faire d’une crotte de nez quand on n’a pas de mouchoir ?

Si je n’ai pas de mouchoir, je la laisse dans mon nez tant que faire se peut. Sinon, je devrais trouver ce qu’il faut dans les premiers sanitaires venus.

Question Bonus : Qui aimerais-tu que j’interviewe ensuite et quelle question lui poserais-tu ?

Bah, toi. Mais… Tu n’auras pas les questions à l’avance.

Merci infiniment Sébastien d’avoir répondu à ces questions ! Je te souhaite beaucoup de succès avec ta maison d’édition, Bragelonne Games et j’attends les prochains jeux avec impatience !

Chers lecteurs, si vous avez aimé les dernières questions de cette interview, vous pouvez les retrouver dans le jeu “Questions de Merde “ chez Le Droit de Perdre.

questions de merde
Sébastien Célerin

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