Maxime Rambourg, fenêtre ouverte sur son grand livre de la folie

Aujourd’hui j’ai le grand plaisir d’interviewer Maxime Rambourg, auteur nancéien à qui l’on doit le génial Big Book of Madness et son extension le Vème élément, Arena : For the Gods ! ou le Truc le +. Il sort The Loop avec Théo Rivière.

Peux-tu en quelques mots nous parler de toi et décrire ton parcours ?

J’ai toujours aimé jouer et créer des jeux. A la fac j’ai fait des rencontres qui m’ont permis de découvrir plus en profondeur le jeux de société moderne. En 2008 je co-fonde avec Gabriel Durnerin le café-jeux « La Feinte de l’Ours » à Nancy et en devient le gérant l’année suivante. Je suis alors entouré de jeux à longueur de journée et je continue à créer pour moi et pour les animations du café. C’est ce même Gabriel qui va m’inciter à montrer l’une de mes créations à un éditeur et ce sera Big Book of Madness.

Maxime Rambourg, fenêtre ouverte sur son grand livre de la folie
Café-jeux « La Feinte de l’Ours » à Nancy

Enfant quel joueur étais-tu ? Quels étaient tes jeux de chevet s’il y en avait ?

Je jouais énormément en famille. C’était les classiques jeux de dés et jeux de cartes et ce qu’on pouvait trouver comme boîte dans la grande distribution (Heroquest, Risk…). Tout petit je créais déjà des jeux inspirés de ce à quoi je jouais, je me « réappropriais » les jeux que je n’avais pas, ou des jeux vidéo pour les transposer sur papier.

Un jeu en particulier t’a-t-il fait basculer dans le jeu de société « moderne » ?

Je crois que les personnes qui m’ont ouvert les portes du jeu moderne ont bien fait les choses, j’ai commencé par Catane, Pitch Car et Carcassonne. Je crois qu’après ça on est obligé de basculer. Quand on ne connaît pas ce genre de jeu, mais qu’on est très joueur, c’est un peu comme une révélation. Je me souviens avoir été aussi très surpris de voir un nom d’auteur sur la plupart de ces boîtes-là.

Comment as-tu sauté le pas entre jouer et être acteur du monde du jeu ? Cela a-t-il relevé du parcours du combattant ?

C’est tout un ensemble de processus longs et compliqués mais pas forcément un parcours du combattant. Je vois ça comme un truc assez naturel. C’est vraiment une question de rencontre et de gens qui m’ont soit poussé, soit aidé à en arriver là. J’ai toujours créé des choses dans tous les domaines qui m’intéressait (jeux, musique, écriture, cinéma…), c’était donc assez naturel que l’une de ces activités finisse par prendre le pas sur les autres.

Quel est ton processus de création ?

Aucun. La liberté. Je ne sais pas. Je crois que je n’ai pas vraiment envie de savoir. J’emmagasine tout un tas d’informations qui se mélangent les unes aux autres. A un moment je m’empare de l’une de ces réflexions pour la matérialiser. C’est vraiment de la création par le raté, l’échec et le hasard. Ça ressemble à : une nouvelle idée par jour, un nouveau proto fabriqué par semaine, un jeu jouable par mois, un jeu édité par an.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un joueur désireux de faire éditer son premier jeu ?

Recommences-en un autre ! Clairement le 1er jeu ce n’est jamais le bon. Je vois trop d’auteur qui ont eu une idée, l’ont poussé plus ou moins bien et souhaitent voir le projet édité. Je ne dis pas que c’est impossible, mais je vois tellement ça comme un artisanat, on ne peut pas prétendre savoir faire quelque chose de bien si on ne l’a pas fait déjà mille fois.

Paradoxalement le deuxième conseil serait : Fais ! Montre-le ! écume les festivals, prends des rendez-vous ! La plupart des retours des éditeurs sont pertinents, ils savent de quoi ils parlent. C’est toujours les refus qui font avancer le jeu dans une meilleure direction.

Et un dernier conseil, n’écoute pas trop les conseils. Fais ce que tu veux, c’est le plus important. Si le moteur c’est l’envie et la sincérité, ça devrait bien se passer, réussite ou non.

Comment est né le jeu Big book of Madness ?  Entre les protos et la version finalisée, le jeu a-t-il beaucoup évolué ? L’extension faisait-elle partie du jeu de base ?

Ca fait beaucoup de question ça !

Comment est né un jeu, c’est tout à fait impossible de répondre à ça. Je ne sais jamais d’où vient une idée puisque c’est toujours un ensemble de choses au quotidien qui viennent s’agglutiner de façon improbable à des moments complètement aléatoires. J’aime beaucoup les jeux coopératifs et les deck building, je voulais juste lier les deux.

Sans parler des versions avant ce moment, entre la version présentée à Iello en 2010 et la sortie du jeu 5 ans après, oui clairement The Big Book of Madness a beaucoup évolué. L’équilibrage d’un jeu coopératif est quelque chose de très difficile qui nécessite beaucoup de temps, de recul, de test et de testeurs. Mais même la thématique a été difficile à construire. Au départ l’action se déroulait quand même dans un hôpital psychiatrique tenu par des zombis nazis. Bref, il y avait du boulot.

L’extension Vème élément n’en faisait pas vraiment partie, mais c’est tout de même des idées qui avaient été abandonnées en cours de route sur le projet initial. Et comme le jeu se prêtait bien à l’exercice de l’extension, j’avais anticipé et elle était prête de mon côté dès la sortie du jeu de base. Je ne comprends toujours pourquoi elle arrive si tard après la sortie du jeu, c’est clairement du gâchis.

Peux-tu nous parler de ta future sortie, The Loop ? Combien de temps a duré la gestation de ce jeu ?

Oui ! The Loop est un jeu coopératif de voyage dans le temps à base de combo de carte co-imaginé avec l’ami Théo Rivière et tellement bien édité par Catch Up Games. Le Docteur Foo a créé une machine à voyager dans le temps qui engendre des clones temporels de lui-même, mais aussi pas mal de failles temporelles. Du coup, tous ces trucs de temporalité qui merdoient, en tant qu’agent en charge de la qualité de l’espace-temps, ça vous dérange un peu et vous essayez de détruire la terrrrible machine du Docteur Foo.

Le jeu a demandé beaucoup de travail (mon plus gros boulot jusque-là), mais paradoxalement tout a été très vite. Peut-être parce qu’on a pris du plaisir tout le long et qu’on s’y mis sans interruption. Il doit y avoir à peine 3 ans entre les débuts des prémices et la sortie du jeu, un record.

J’ai vraiment hâte d’avoir une boîte entre les mains et de pouvoir faire jouer tout le monde. En espérant que les joueurs y retrouvent tout le plaisir qu’on a eu à le faire.

Maxime Rambourg, fenêtre ouverte sur son grand livre de la folie
Maxime Rambourg, fenêtre ouverte sur son grand livre de la folie

Peux-tu nous dire deux mots sur tes autres créations ?

Le Truc le Plus est ma plus grande fierté et mon plus grand flop, mais comme il touche à l’absurde ça n’a pas de rapport et même plus.

Arena for the Gods est mal édité et en grande partie de ma faute, peut-être trop inspiré des choses que je pouvais créer quand j’étais ado. J’aurais très envie de le refaire différemment, l’idée de départ est trop bonne, mais mal exploitée.

Le Coffre au Trésor chez Auzou est un jeu pour les tout-petits, co-crée avec Théo Rivière, qui vient d’arriver dans les étals et qui me fait beaucoup rire, avec ou sans enfant.

C’est compliqué de parler des jeux futurs, mais il y a des choses qui devraient arriver en 2021 et 2022 et dans tous les styles, jeux d’ambiance, d’association d’idées, jeu tactique de draft, jeux de gestion par équipe, de quoi varier les plaisirs.

As-tu quelques photos à nous montrer d’un ou plusieurs de tes protos ?

A carrément vous voulez des trucs top secret… (NDLR : Of course !). Pour ne pas avoir de problème avec les questions de droit de montrer des trucs ou pas, je vous montre des choses, mais sans aucun commentaire. Comment ça c’est tricher ?

Avec quel auteur et quel illustrateur de jeu rêverais-tu de travailler ?

Dans une autre dimension avec de la réalité bien différente, j’adorerais travailler avec Stephan Feld ou Alexander Pfister, mais plus concrètement faire un coopératif avec Antoine Bauza, je crois que c’est un rêve déjà bien assez irréaliste.

Les illustrateurs, je les veux tous ! J’ai commencé dans ce milieu avec l’immense chance de me faire sublimer par Naïade et Paul Mafayon, je compte bien continuer sur ma lancée : Biboun, Miguel Coimbra, Jade Mosh, Maud Chalmel… Je rêve de bosser avec Mathieu Leyssenne, « Ani », j’adore ce qu’il fait.

Peux-tu nous parler de la feinte l’ours, un café jeu ouvert à Nancy ?

Le Café Jeux que j’ai ouvert avec Gabriel Durenrin, sans vraiment savoir ce qu’on allait faire, avec la volonté que ce soit le point de départ d’une vie faites de jeux et de rencontres. Je crois qu’on a été servi tous les deux. Le café va fêter ses 12 ans… C’est une association dans laquelle des bénévoles formés à l’animation de jeux de société prennent le temps de vous aider à choisir un jeu et vous l’expliquer. Et vous servir un coup à boire aussi.

L’idée était de rendre accessible nos jeux au plus large public possible, de casser cette barrière de la règle et de faire une sélection adaptée à chaque groupe. Puis le lieu a grossi en force, en organisation, et a déménagé pour tripler sa surface d’accueil en 2017.

J’en ai été le gérant pendant les 10 premières années de sa vie et je suis ultra fier de le voir se porter toujours aussi bien. 

Maxime Rambourg, fenêtre ouverte sur son grand livre de la folie

Où sont édités tes jeux ? Qu’est ce qui a permis ce choix ?

Mes premiers jeux ont été édités chez Iello, parce que les chefs de projet me connaissaient de la Feinte de l’Ours (Iello est aussi près de Nancy). C’est la proximité qui a permis cette connexion. Je ne me sentais pas très légitime à présenter un prototype à un éditeur, mais Gabriel qui avait l’habitude de voir ce que je créais à tout de suite pointé du doigt ce qui allait devenir le Big Book.

Maintenant je travaille avec tous les éditeurs qui veulent bien de moi, même si je privilégie en grande priorité une bonne relation humaine et la capacité de pouvoir être tenu informé et pouvoir donner mon avis sur toutes les étapes du processus d’édition. Ce qui est assez rare.

En tant que joueur quels sont tes 3 coups de cœur jeux de société ? Et pourquoi ?

De la vie ? toute entière ? je suis assez addict aux nouveautés, donc un coup de cœur en chasse un autre et il y a vraiment des catégories de jeux qui sont incomparables. Mais bon, aller, je me prête au jeu : Pitch Car, Mölkky et Dominion.

Pitch Car parce qu’il est lié à des souvenirs très nombreux et très joyeux. Les jeux de courses ont cette particularité de maintenir une certaine tension. Et puis on n’a pas fait plus simple et accessible depuis.

Le Mölkky parce que les jeux d’adresse sont ceux qui me procurent le plus d’émotion, l’envie de rejouer, de s’améliorer en permanence. Et que l’aspect hautement tactique de celui-ci le rend si merveilleux.

Et Dominion parce que quand il est arrivé, j’ai compris que la création était quelque chose d’infini.

Quel serait selon toi un jeu sous-coté ?

Catacomb. Bon en vrai pas si sous-coté parce qu’il a des défauts, mais c’est tellement bien…

Maxime Rambourg, fenêtre ouverte sur son grand livre de la folie

Entre nous, as-tu un scoop à nous partager ?

C’est évident. Enfin, oui, mon prochain jeu à paraître en 2021 s’appellera « C’est évident ». Le principe est très simple, c’est un jeu coopératif dans lequel chaque joueur doit choisir une image parmi celles disponibles au centre de la table, en lien avec les 2 images qui sont devant lui. Le seul problème est qu’on doit tous choisir son image en même temps et qu’il ne faut pas que 2 joueurs choisissent la même image. Bien sûr la communication est limitée uniquement à la qualité de notre choix « Pour moi c’est Évident, il n’y a aucun doute » et non sur ce que l’image représente. De quoi faire de nombreux quiproquo. C’est simple, pas si facile et vraiment pour tout public, joueur ou non.

Maxime Rambourg, fenêtre ouverte sur son grand livre de la folie

Comme dirait ma femme, il n’y a pas que le jeu dans la vie. Justement, quelles sont tes autres passions ?

Je ne suis pas fan du terme « passion », parce qu’il sous-entend quelque chose d’irraisonné et d’aveuglant, mais j’ai plein de loisirs qui me procurent beaucoup de plaisir. Le handball et le squash pour l’esprit et la musique et la Bande dessinée pour le corps. Ou l’inverse, ça dépend des jours.

Pour continuer cette interview, je te propose de sortir le jeu “Questions de merde” de chez le Droit de perdre. Tes réponses peuvent être franches ou décalées ! Le but du jeu est de me convaincre que tes réponses ‘volent haut’ !

Je tire 3 cartes, prêt ?

  • Rarement.

Première carte

Quelle serait ta première question à une voyante ?

  • Pourriez-vous m’indiquer la sortie s’il vous plaît ?

Dans quelle situation pourrais-tu en venir aux poings ?

  • Sur un ring, un tatami ou au supermarché

Qu’as-tu envie d’essayer quand tu seras à la retraite ?

  • Le championnat du monde de crokinole, je prie chaque jour pour ne pas me blesser à la main de façon irrémédiable.

Deuxième carte

Quelle est la raison la plus ridicule pour une rupture ?

  • Désolé, mais mon chien ne t’aime pas et je n’ai vraiment pas le temps en ce moment.

A ton avis, en quoi seras-tu réincarné ?

  • J’avais prévu Loutre, mais ils m’ont dit qu’il n’y en aurait plus. J’hésite entre un Fossa et un Wolvérène (appelé aussi glouton). En vrai je voudrais être un diable de Tasmanie, mais ça ne se fait pas trop de dire ça.

Que fais-tu pour tomber malade quand tu sens les premiers symptômes ?

  • J’enlève la plupart de mes vêtements et lèche toutes les poignées de porte.

Dernière carte

Si je te dis religion, tu me réponds quoi ?

  • On efface tout et on recommence pas ?

Qu’est ce qui est mieux quand on vit à l’étranger ?

  • Se faire draguer.

Quelle bonne nouvelle t’as le plus réjoui cette année ?

  • En 2020 ?! sérieusement…
  • Veuillez recevoir toutes les distinctions accordées en si bémol, cordialement bisou.

Chers lecteurs, si vous avez aimé les dernières questions de cette interview, vous pouvez les retrouver dans le jeu “Questions de Merde “ chez Le Droit de Perdre.

questions de merde

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